[AFTER MY DEATH] Virgin Suicides made in Korea

After my death commence comme un film policier assez classique et finit par faire le portrait poignant et pessimiste de la Corée du Sud actuelle. En partant d’un fait terrible mais avéré – 25.6 suicides pour 100 000 habitants ce qui est presque le double de la moyenne mondiale – Kim Ui-seok signe un premier long-métrage très politique en plus d’être abouti.

Une temporalité hors du temps

After my death a un rythme qui lui est particulier, il sait prendre son temps et propose de nombreuses scènes étirées qui semblent hors de la temporalité de cette société qui n’a elle plus le temps de vivre. On trouve dans ce film une séquence de funérailles complètement hallucinante et déchirante qui met en scène à la fois le deuil des proches de manière cadrée et conventionnelle mais aussi l’incarnation supposée et larmoyante de l’adolescente dans le corps d’une chamane qui demande pardon à sa famille. La longueur de la scène la rend presque insupportable à regarder et interroge le spectateur sur son rapport à la mort, assez compliqué et aseptisé actuellement. Un autre moyen de couper la temporalité du film et de créer un espace hors de la folie de cette société est le silence. Les scènes du tunnel sont pour la plupart silencieuses et hors du temps, renforçant le mystère autour de la disparition de Kyung Min, de sa relation avec Young-hee et de ses motivations.

Jeon Yeo-bin (Young-hee) au centre, personnages

Des jeunes filles sous pression

Le réalisateur critique cette société de la perfection et de la réussite qui ne veut pas laisser de place au hasard ou au doute. La seconde partie du film se construira autour de la recherche de la culpabilité qui passera de main en main comme une bombe prête à exploser avec des conséquences terribles et excessivement violentes pour qui sera considéré comme coupable.

Le choix de situer l’action dans un lycée pour fille n’est pas anodin car si la pression de la société est forte de manière générale, elle l’est encore plus pour les jeunes femmes dont le corps est scruté et contrôlé. L’une des premières scènes du film se déroule dans un magasin de maquillage où les jeunes filles volent des produits qu’elles gardent comme des trophées dans un casier de la gare. C’est la première étape qui montre l’importance de l’esthétique et du corps pour celles-ci.

La manière de filmer le corps féminin est assez intéressante. Elle se rapproche plus du film d’horreur que du thriller classique. Lors de sa tentative de suicide – Young-Hee boit de l’essence – elle est filmée comme une possédée avec des spasmes et du sang qui lui coule de la bouche. Lors de son rétablissement, son corps sera fractionné par de trous et des tuyaux de toute part pour lui permettre de vivre. Elle tente de se défaire de son corps pour se libérer mais celui-ci lui sera repris et contrôlé à nouveau.

Jeon So-nee (Kyung-min), Ko Won-hee (Han-sol), Jeon Yeo-bin (Young-hee)

After my death fait le portrait d’une jeunesse coréenne cruelle et sans espoir, si ce n’est celui de se suicider, qui doit plier à la fois sous le poids des conventions, des traditions mais aussi sous celui de la recherche de la perfection que lui impose la société coréenne. Ce phénomène est renforcé chez les jeunes filles qui se voient dépossédés de leur corps.

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