[THE YOUNG LADY] Dur, dur, d’être une lady

XIXe siècle. La jeune Katherine est mariée à un petit lord anglais bien plus âgé qu’elle et assez peu charismatique. Sa vie se limite aux murs de sa demeure entre protocole illusoire – car peu de gens la visitent dans son habitation rurale – et petites mesquineries de son beau-père pour lui rappeler sa fonction première : pondre un héritier. L’ennui et l’enfermement vont révéler ce qu’il y a de plus monstrueux en elle.

The Young Lady est le premier long-métrage de William Oldroyd qui a déjà trois courts à son actif mais vient surtout du milieu du théâtre. C’est la scénariste du film, Alice Birch, qui vient également du théâtre, qui a eu l’idée du film après avoir lu La Lady Macbeth du district de Mtsensk, écrit par Nikolaï Leskov. Elle a pensé que les thèmes du livre – la situation des femmes au XIXe siècle dans un espace rural et la passion entre noble et domestique – rendraient bien à l’écran. Ce qui est tout à fait le cas. Le film est dans son ensemble hyper cohérent que ce soit le choix des acteurs, l’image…

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L’actrice, Florence Pugh, délivre une prestation tout en retenue, très forte. Vous avez déjà pu la voir dans le film The Falling de Carol Morley face à Maisie Williams dont le sujet est une épidémie d’évanouissements qui touche une école de jeune-filles dans les années soixante. Son second rôle au cinéma reste dans la continuité de ce premier rôle. Elle y joue à chaque fois une jeune-femme qui tente de se défaire des contraintes d’une société asphyxiante pour la gente féminine. Dans le premier, c’est la rigidité des années soixante britanniques pré swinging sixties et dans le second, celle du dix-neuvième siècle mais au final c’est la même attitude qui est dénoncée : une étiquette hyper contraignante pour les femmes passant notamment par des vêtements inconfortables ainsi qu’une vision de la sexualité féminine dont le seul but serait la reproduction. Florence Pugh n’a que deux long-métrage à son actif et déjà une certaine cohérence et pertinence dans ses choix. Elle joue très bien de son physique d’ange au cœur et à l’attitude rebelle.

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Le travail sur les images est superbe. Dans un premier temps par les choix de cadres et le travail sur la symétrie, puis par la couleur. Les scènes d’intérieurs sont très plates, très symétriques. Il y a de nombreux éléments rectangulaires et la profondeur de champs semble presque toujours inexistante. Les couleurs sont toujours assez ternes mis à part la robe de Katherine qui est d’un bleu toujours contrastant. Au contraire, la lumière des scènes d’extérieurs sont toujours plus douces et chaleureuse et les plans moins fixes. Ce contraste montre bien la différence entre le protocole et la passion des deux protagonistes, mais aussi la différence de caractère de Katherine. C’est la rigidité de sa vie qui la pousse à devenir si cruelle alors qu’elle est beaucoup plus douce lorsqu’elle peut faire ce qu’elle veut. Elle est à la fois manipulatrice, consciente de l’atrocité de ses actes, et victime de cette société patriarcale qui l’empêche de tout mouvement.

The young lady est un beau film, prenant, visuellement ambitieux et abouti, au propos intéressant. Florence Pugh y délivre une prestation parfaite. Le film fut très bien reçu en festival, il peut maintenant je l’espère commencer une jolie carrière en salle.

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