[ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND] Everybody’s got to learn sometime

Eternal sunshine of the spotless mind est un film sur l’imperfection de l’être humain et sa capacité à aimer tout de même. Il est à la fois cruel et enfantin, superbe par sa forme et agaçant par sa manière de nous mettre face à nos propres peurs. Joel Barish (Jim Carrey) est un homme sans histoire, maladivement timide et introverti, Clementine (Kate Winslet) se complaît dans son rôle de femme enfant impulsive et excentrique. Les deux se rencontrent, s’aiment, s’agacent et finalement se séparent. L’histoire pourrait se terminer ainsi, seulement, le film de Michel Gondry se passe dans un monde où il est possible d’effacer complètement de sa mémoire une personne. Joel se rend compte qu’il a été complètement effacé, il décide donc d’effacer Clémentine à son tour. Le film se passera pratiquement entièrement dans sa tête lors du processus telle une course contre la montre pour se souvenir encore un peu de l’autre. 

Eternal sunshine of the spotless mind est le second long-métrage de Michel Gondry qui a déjà une assez longue carrière dans la réalisation de clips musicaux. Son style est déjà assez identifiable – travail sur la transformation matérielle, monde faussement enfantin, lien avec la musique – et il s’offre pour ce film un casting de rêve : Jim Carrey et Kate Winslet dans les rôles principaux, Mark Ruffalo, Kirsten Dunst et Elijah Wood dans le rôle des « effaceurs ». Ce casting est d’autant plus intéressant que, à la fois Jim Carrey et Kate Winslet, sont utilisés à contre-emploi. Jim Carrey, plus habitué aux grimaces, joue là un de ses personnages les plus taciturnes et le fait très bien. Au contraire, l’anglaise Kate Winslet que l’on connaissant mieux dans des rôles de jeune filles bourgeoises est ici très crédible en femme très extravertie et expansive. Ce film confirmera pour l’un et l’autre leur talent protéiforme.

Le travail sur le découpage du film est très intéressant. L’introduction de celui-ci est en réalité le début de la fin de l’histoire, les deux protagonistes se sont déjà oublié l’un l’autre et c’est leur seconde rencontre auquel on assiste. La majorité du film sera alors le processus d’oubli, dans la tête de Joël où, en remontant dans le temps, nous assistons aux souvenirs mis en perspective par les personnages au moment présent. A côté de cela, on suit également les histoires des personnes en charge d’effacer la mémoire. Comme au théâtre classique, ces personnages servent à mettre en valeur le couple principale, en étant à la fois le reflet et la partie complémentaire de ceux-ci. Rendant le propos du film plus universel que s’il avait simplement touché un seul couple.

Michel Gondry s’est inspiré de deux livres de Boris Vian : l’Herbe rouge et L’arrache-cœur, l’utilisation d’une machine à oubli dans le premier, les prénoms des protagonistes dans le second. Il adaptera quelques années plus tard L’Ecume des jours du même auteur. Les univers des deux se mariant particulièrement bien. Le fait que plus de la moitié du film se passe dans la tête de Joël permet une liberté esthétique au réalisateur : travail sur les échelles de taille, sur les couleurs, sur le morphisme (visages qui disparaissent), également sur les anachronismes et le décalage, mais surtout un énorme travail sur la musique avec notamment une composition de Jon Brion qui joue avec talent sur les dissonances, donnant une impression de malaise quand il le faut.

Eternal sunshine of the spotless mind est un film sur la difficulté à gérer ses sentiments, plus particulièrement les ruptures amoureuses. Il met le spectateur face à une situation qui peut paraître à la fois idéale – oublier pour ne pas souffrir – et terrifiante – oublier c’est perdre une partie de soi, bonne ou mauvaise. Et il le fait de manière à la fois ludique et juste. La chanson du film, « Everybody’s got to learn sometime » des Korgis – dans une version de Beck -, résume la prise de position du film :  même si certains passages dans la vie sont difficiles, ce sont eux qui permettent d’apprendre et de se construire. Un monde où il est possible d’oublier complètement serait une aberration.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s