Interview d’Elite Zexer (Tempête de sable)

Nous avons rencontré Elite Zexer dans un hôtel parisien, alors qu’elle préparait la sortie de son premier long-métrage: Tempête de sable. L’histoire d’une jeune fille bédouine en Israël tiraillée entre amour et traditions familiales.

Comment avez-vous eu l’idée du film ?

Tout a commencé avec ma mère. Elle est photographe et a commencé à prendre des photographies dans des villages bédouins, il y a dix ans de cela. Elle s’y est fait beaucoup d’amis, des femmes principalement. Elle passait tellement de temps la-bas que nous devions y aller si nous voulions la voir. Nous y passions nos vacances et week-end. Une des jeunes femmes a demandé à ma mère de prendre des photos de mariage. Nous sommes donc allé à des très nombreux et divers mariages, parfois deux par semaine. J’ai rencontré de nombreuses jeunes femmes et vu comment elle se mariaient. Une des filles que j’ai rencontré était la première de son village a aller à l’université. Elle y a rencontré un jeune homme. Seulement, leur amour était interdit. Sa famille l’a alors empêché d’aller à l’université. Elle devait rester à la maison et se marier avec l’homme de leur choix. Elle a longuement réfléchi puis a décidé qu’elle ne pouvait pas trahir sa famille. Lors de sa nuit de noce, alors qu’elle attendait son mari, elle s’est retourné vers ma mère et moi, et nous a dit que les choses seraient différentes pour ses filles. J’ai su alors qu’il fallait que je fasse ce film. Et c’était il y a dix de cela.

Pourquoi dix ans pour faire ce film ?

J’ai déjà eu besoin de beaucoup de temps pour dire que j’avais envie de faire ce film car il est difficile de parler d’une culture qui n’est pas la sienne. Il faut trouver la bonne perspective mais aussi beaucoup s’imprégner et se documenter. J’ai d’abord voulu faire un test. J’ai donc commencé par un court-métrage pour voir le réaction de bédouins. Quand j’ai terminé celui-ci (Tasnim – 2010), j’ai donné plusieurs DVD qui ont circulés parmi les bédouins pendant plusieurs mois. Les réactions étaient plus que positives. Cela m’a rassurée. Tasnim a gagné de nombreux prix lors de festival internationaux. J’ai pu alors commencé à travailler sur le long-métrage. Cela m’a pris cinq ans à écrire le scénario. Cela m’a pris beaucoup de temps car c’est déjà assez long d’écrire son premier scénario mais également car je voulais capturé l’essence des bédouins. J’ai passé un certain temps entre les villages bédouins et chez moi, à écrire, faire relire ce que j’avais écrit puis douter. J’ai ensuite passer une dernière année à trouver les financements puis le casting.

Avez-vous montré le film aux jeunes bédouines que vous avez rencontré?

Je ne l’ai pas montré qu’aux bédouines mais à tous ceux avec lequel j’ai travaillé. Ils ont été très émus et ont trouvé le film assez représentatif de la réalité. Ils étaient fiers de faire parti du projet. Le film a été projeté dans un cinéma pas loin des bédouins, et a fait salle comble, puis dans trois autres qui furent complets pendant des mois. La plupart des réactions ont été assez positives. « C’est la réalité à l’écran », « Y-aura-t-il un second film? », « Je ne voulais pas que cela se termine ». D’autres, bien sur, ont moins bien réagi mais cela permettait d’instaurait le dialogue, et le débat qui partait du film devenait plus général et abordait des sujets réels.

C’est votre premier long-métrage. Quels ont été vos financements ? Quelles sont les différences avec un court-métrage ? 

Nous avons eu deux fonds publics et deux financement privés. Tous d’origines Israéliennes. Tourner un long-métrage est très différent et beaucoup plus difficile. Ce n’est pas du tout comme faire dix court-métrages. C’est beaucoup plus profond, avec plus de facettes et des pensée dans la manière de filmer. Il est impossible de comparer les deux. Ecrire un court-métrage m’a pris dix jours, écrire un long-métrage m’a pris dix ans.

Que pensez-vous du cinéma Israélien actuel ?

Nous avons eu une sorte de « vague » depuis 2001. Il y a eu le film Late Marriage (Dover Koshashvili – 2001) qui a connu un véritable succès et depuis l’industrie cinématographique n’a cessé d’évoluer. Cette année, pas moins de quinze films sont allé en festival et ont connu un joli sort. L’industrie cinématographique en Israël est florissante.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

Je ne pouvais pas avoir d’acteurs bédouins car il leur est impossible d’être filmé et d’avoir leur image exposé en dehors du cercle familiale. J’ai donc opté pour des acteurs palestiniens qui ont été coaché sur la culture et le langage. Nous avons cherché en Israël et ailleurs, nous avons même auditionné en France. La mère fut la première a être auditionnée même si j’ai pris le temps de casté d’autres actrices avant de me rendre compte qu’elle était la bonne. L’actrice qui joue Layla n’avait jamais tourné dans un film avant. Je l’ai trouvée alors qu’elle était en troisième année dans son école d’acteur. Je me suis retrouvé à changer le scripte pour elle.

Qu’avez-vous changé dans le scénario ?

Au début, le personnage devait être beaucoup plus introvertie, et apprendre à élever la voix pendant le film. Mais Lammis a tellement de caractère qu’il était impossible que le personnage soit introverti. Au final, je me suis rendu compte que j’écrivais pour elle et que donc elle devait avoir le rôle. Le père n’est pas acteur, il est photographe mais a déjà tourné dans un film où je l’ai trouvé très bon. Trouver l’actrice pour la petite sœur fut assez difficile car il est impossible d’apprendre à une petit fille comment avoir cette attitude. Il fallait que ce soit inné. Je me suis souvenu de la petite soeur de l’actrice principale de mon court qui devait avoir une dizaine d’année actuellement. Nous sommes allé, avec ma directrice de casting, dans la boutique de ses parents à Tel Aviv. J’ai demandé à la mère si sa fille pouvait auditionner. Celle-ci a crié dans l’arrière boutique « Est-ce que tu veux auditionner? » et nous avons entendu une petite voix répondre « Je m’en fiche, pourquoi pas ». Elle était parfaite. Pour Anuar, cela s’est passé de manière assez classique, par des castings. Bien que la directrice de casting ait déjà travaillé avec lui.

Votre film est assez féministe. Est-ce que vous voulez continuer dans cette voie ? 

J’ai trois idées de films, dont deux ont pour rôle principale une femme. Le troisième reste féministe d’une certaine manière également. Ce n’est pas le but de ma vie, mais cependant je me sens assez proche des idées féministes. J’ai grandis dans une maison où la mère est très forte et le père soutient cette idée. J’ai été élevé dans l’idée que je pouvais faire ce que je veux. On ne parlait pas de féminisme car nous n’en avions pas besoin. Nous savions que les femmes étaient libres de faire ce qu’elles voulaient.

Quels seront vos prochains films ?

Ils ne sont que des idées pour le moment. Cela fait un an que je voyage sans m’arrêter avec Tempête de sable, et ce depuis Sundance. Je n’ai pas défait mes bagages depuis plus d’un ans. J’ai n’ai pas eu le temps de m’arrêter pour réfléchir chez moi. Donc je ne peux en parler pour le moment.

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