[3000 NUITS] La situation israélo-palestienne dans les années 1980

3000 nuits est un film de la réalisatrice américo-palestinienne Mai Masri. Celle-ci vient plutôt du milieu documentaire, ce qui se sent dans ce film. Dans les années 80, une jeune femme palestinienne, Layal, est arrêtée, injustement, pour complicité lors d’un attentat. Elle est mise dans une prison israélienne sans pouvoir s’expliquer. Elle découvrira plus tard qu’elle est enceinte, mettra au monde son fils et l’élèvera lors de ses premières années dans cette prison.

La petite histoire dans la grande

L’histoire du film, bien qu’originale, est très largement ancrée dans le réel. Elle se situe dans les années 80, commence quelques années avant le massacre des camps Sabra et Shatila en 1982, et se termine quelques années après. Les camps de Sabra et Shatila se situent à Beyrouth, ils ont abrité des réfugiés palestiniens lors de la guerre du Liban et sont malheureusement connu pour le terrible massacre (entre 700 et 3000 civils tués) perpétré par une milice Israélienne qui ne devait viser que des soldats du 16 au 18 septembre 1982. Le film a organisé sa chronologie autour de cet événement, et l’idée générale autour de l’idée que près de 20% des palestiniens ont été mis dans des prisons israéliennes.

La réalisatrice s’est alors inspiré de conversations qu’elle a eu avec des femmes qui ont accouché en prison pour insérer la petite histoire dans la grande et ainsi créer un bel équilibre entre des faits historique et histoire humaniste. Ce procédé, assez classique mais souvent efficace, permet au spectateur de s’identifier aux personnages tout en assimilant des éléments plus factuels en fond. L’un des soucis récurrent de ce procédé est la perte d’une certaine neutralité.

Le(a) réalisteur(rice) a alors deux possibilités: assumer complètement le fait de ne choisir qu’un seul point de vu face à l’Histoire, ou en proposer une pluralité via différents personnages. Mai Masri se focalise principalement sur un groupe de prisonnières politiques palestiniennes mais tente, tout de même, de représenter les israéliennes par un autre groupe de prisonnières, de droits communs cette fois-ci. Celles-ci sont d’abord des antagonistes relativement caricaturales mais certains des personnages se construisent peu à peu rendant la situation moins manichéenne.

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Un beau travail visuel

Le film est visuellement très abouti. Deux esthétiques se partagent l’image de manière assez fluide : la première se rapproche du documentaire avec une image désaturée et une sensation « proche de la réalité », la seconde est poétique et insuffle l’aspect fable, presque fantastique, au récit. Celle-ci est faite d’accélérés montrant l’évolution des ombres sur les murs blancs de la prison, de gros plans sur des mains qui se tordent ou encore de thème récurrents : les barreaux ou barrières de la prison. Le contraste entre ombre et lumière y est d’ailleurs saisissant. Il est d’ailleurs amusant de noter que le petit garçon sera prénommé Nour qui signifie « Lumière » en arabe. Un petit rayon de lumière qui se retrouve dans cette prison d’ombres.

Le film est également soutenu par un groupe d’actrices très talentueuses. Mai Masri a décidé de mélanger à la fois des actrices palestiniennes et jordaniennes reconnues et des actrices non professionnelles pour un rendu très dynamique. La plupart des actrices ou des membres de leur entourage ont fait de la prison, rendant ainsi le sujet plus palpable. Plusieurs choix de direction d’acteur ont été faits. Les éclairages ont tous été accrochés en hauteur pour laisser une plus grande liberté aux acteurs, et surement faciliter le déplacement de la caméra à l’épaule, pour un rendu plus fluide.

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Attendre encore 3000 nuits pour qu’Argenteuil programme ce film

Ma critique aurait dû s’arrêter là, seulement voilà, un film tel que celui-ci peut faire polémique. Le cabinet du maire (LR) d’Argenteuil a fait déprogrammer le film du cinéma le Figuier blanc qui devait être diffusé lors du Festival Ciné-Palestine. Nous vivons donc encore dans un monde où une personne (ou groupe de personne) peut décider de la censure d’un film pour éviter la polémique. L’ironie dans tout cela est qu’il y aurait eu moins de bruit si le film avait été réellement programmé. Ce qui était surement le but premier. Je terminerai ainsi sur un extrait du communiqué rédigé pour l’occasion que vous retrouverez en entier ici.

Le communiqué

« Cette censure est d’autant plus inquiétante qu’elle s’ajoute à celle prononcée à l’encontre du film Le sociologue et l’ourson, qui propose un point de vue critique sur les pourfendeurs de la loi sur le mariage pour tous, également programmé au cinéma Le Figuier Blanc. Manifestement, selon le maire d’Argenteuil, il y a des sujets qui ne peuvent être évoqués dans les espaces culturels de sa commune. Ces décisions autoritaires soulignent la manque absolu de considération pour le public Argenteuillais et les acteurs et actrices culturelles de la ville.

 

Nous ne comprenons pas qu’une mairie décide d’imposer son idéologie politique, et ainsi priver ses administrés de films au préalable programmés. Nous soutenons les actions entreprises par l’association « Argenteuil Solidarité Palestine » (ASP) et l’Association pour la Défense du Cinéma Indépendant des Films d’Auteurs et des salles d’Art et d’Essai (ADCI), afin que 3000 Nuits et La sociologue et l’ourson, puissent être reprogrammés.

 

Nous estimons “qu’en ces temps troublés” – selon les propres mots du maire d’Argenteuil – il est plus que jamais nécessaire de dénoncer ces pratiques, de soutenir toutes celles et ceux qui refusent, à Argenteuil et ailleurs, que ces droits fondamentaux soient piétinés, de soutenir la liberté d’expression et de création et le cinéma en tant que fenêtre sur la pluralité des regards sur le monde. »

3000 nuits est un beau film à l’esthétique travaillée tout en contraste, qui fait le portrait d’une femme forte dans un contexte politique difficile. Il évite de peu le travers de ces films historique trop unilatéral en proposant tout de même le point de vue des prisonnières israéliennes. Il est selon moi, un film qui vaut la peine d’être vu pour son travail sur l’image. De plus, il nous rappelle que la situation Israélo-palestinienne est toujours complexe

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