[MARS ATTACKS !] Une invasion extra-terrestre selon Tim Burton

Mars Attacks ! (1996) est le septième film réalisé par Tim Burton. C’est un film à la croisée de différents genres : film de science-fiction façon fiftiesall-star disaster films, humour noir et film satirique. Le mélange est d’autant plus intéressant qu’il permet des niveaux de lecture très différents. C’est un film que j’ai vu trois fois : la première fois, enfant, il m’a fait très peur et je n’arrivais à appréhender l’histoire qu’au premier degré, la deuxième fois, je l’ai vu au collège en classe à la fin de l’année (Pourquoi un prof nous avait passé ce film ? Aucune idée, mais c’était plutôt cool), et je n’avais surtout vu que le côté drôle et too much du film. Plus récemment, je l’ai revu une troisième fois, et c’est, bien sûr, l’aspect satirique qui m’a le plus marqué. C’est cette pluralité d’analyses et de compréhension qui font le cachet de ce film.

Loving the alien

L’histoire est adaptée d’un jeu de carte à échanger Etats-uniens, Mars Attacks, de 1962. Ce jeu raconte l’invasion de la terre par des martiens pas vraiment pacifiques, dessinées par Wallace Wood and Norman Saunders. Vous pouvez les retrouvez toutes sur ce site, si vous voulez vous amuser à trouver les similitudes et différences entre le film et les cartes

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Le film reprend la même base narrative mais s’attarde plus particulièrement sur certains personnages : le président des USA, son RP, sa famille, des journalistes, une famille working-class, pro-gun du fin fond des Etats-Unis, un propriétaire d’Hôtel à Las-Vegas capitaliste et sa femme pseudo baba-cool, une famille noire divorcée… Et si le jeu de carte terminait l’histoire par une fin où l’humanité explosait la planète mars grâce au nucléaire, le film se termine par une fin bien moins consensuel où l’arme de destruction massive est la chanson « Indian Love Call » de Slim Whitman (et on les comprend).

Pléthore des rôles sont joué par des acteurs connus et reconnus. En tête Jack Nicholson (le président et le propriétaire d’hôtel), et même dans les tout petits rôles on retrouve de sacrés noms (l’inénarrable Jack Black en jeune soldat péquenaud pro-arme à feu). Je ne vais pas faire la liste là, car cela me parait bien lourd, mais tout cela pour dire que le casting est « cinq étoiles ».

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Cause we are living in a material world, and I am a material girl

Rentrons plus amplement dans le vif du sujet. Tim Burton filme là, un microcosme Etats-Uniens où il y a assez peu de personnages décents. La plupart sont des caricatures des valeurs des Etats-Unis : le capitalisme, le journalisme, le pouvoir politique…  Et aucune n’est réellement épargnée sauf peut-être la religion qui est à peine abordée. Mise à part dans une des scènes du début du film. On y voit des nonnes au Louxor qui agissent comme de vraies petites filles. Scène finalement plus cocasse que grinçante.

Les véritables cibles de ce film sont le capitalisme et la société du spectacle. La plupart des personnages sont obsédés par les possessions matérielles et leur mise en scène. La TV dans le mobile home de la famille Norris, le lustre de la Maison Blanche, les décors des casinos et des sets télévisés. Que les objets soient cheapou de luxe : tout est too much, colorés et, il faut le dire, de mauvais gout. On imagine le plaisirs qu’a eut Tim Burton à travailler sur les décors qui jouent le même rôle de critique du consumérisme Etats-uniens que dans Edward aux mains d’argents.

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Dans ce film, ce sont peut-être les média qui sont les plus attaqués, à la fois par la figure du Press Secretary (Martin Short) ridicule à souhait dont le sourire lubrique est simplement inimitable, et également par le choix du professeur Donald Kessler (Pierce Brosnan) de parler de l’arrivée des martiens à la télévision dans une émission Lifestyle et non pas dans une émission d’information plus sérieuse pour un simple béguin amoureux. Les média sont donc montrés comme frivoles et superficiels.

Video killed the radio star

Un des choix de cadre assez fort et récurrent est de prendre la télévision comme point de vue pour la caméra. Le spectateur se retrouve face au regard vitreux des personnages qui regardent la télévision. Ce qui peut lui donner une impression de malaise à cause de la sensation de  mise en abîme. Et ils regardent beaucoup la télévision dans ce film : à la maison blanche, dans les casinos, dans le mobile home. En général, à plusieurs, d’ailleurs la foule est un motif récurrent de ce film. L’identification avec les personnages est alors assez difficile car ils ne sont que des têtes de gondoles pour des idées. L’empathie n’est pas évidente car ils ne semblent avoir aucune réaction ou émotion sincères.

Seuls quelques rares personnages paraissent plus décents : la famille noire, l’adolescent Norris et la fille du président. Personnage qui semble être une reprise du rôle de Winona Ryder dans Beetlejuice. Ainsi la récurrence des foules et ces personnages vides donnent l’impression qu’ils ne sont que des jouets figurines qui suivent le scénario de jeu d’un enfant. Ou encore (pour toutes les personnes qui y ont joué la comparaison sera évidente) des Sims qui subiraient les tortures d’un joueur mal intentionné (On est tous passé par là, trouver tous les moyens possibles pour tuer un sim, ne le niez pas).

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Humour noir en multicolore

On ne peut évidemment pas parler de Mars Attacks sans évoquer son humour grandguinolesque. Les effets spéciaux sont consciemment cheap : des pistolets en plastiques colorés, le feu sur le troupeau de vaches (d’ailleurs, il va falloir me l’expliquer ce début de film), le liquide vert visqueux, les vaisseaux, tout fait très faux, en hommage aux séries B et autres nanars tant appréciés de Tim Burton, thème déjà abordé dans Ed Wood.  Les choix narratifs sont  eux aussi complètement dingues : deux têtes façon créature de Frankenstein en guise d’amants maudits, un Tom Jones qui joue son propre rôle de star ringarde, des aliens qui nous caricaturent et se moquent de nos édifices symboliques, une femme/alien qui infiltre la maison blanche et arrache le « doigt » du RP… Tout est complétement WTF.

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La fin du film résume, à mon avis, l’idée principale du film (qui est à peu près FUCK USA). Bref, tout est bien qui finit bien, le tube country à exploser la cervelle à tous les martiens. On a donc une succession de séquences montrant la fin pour les différents personnages : Tom Jones et la baba-cool (Annette Bening) se retrouvent entourés d’animaux tous plus cute les uns que les autres, fin à la Disney ridiculisée, l’adolescent sauveur du monde (Lukas Haas) est récompensé par la fille du président (Natalie Portman) et dit que quitte à refaire le monde autant vivre tous dans des tipis (et hop dans les dents les colons), suivi d’une séquence très courte où l’on voit des hommes se débarrasser des corps des aliens ce qui est assez drôle car on ne voit que rarement le nettoyage à la fin d’un film catastrophe.

Tim Burton et l’intertextualité

Je vais terminer cet article par un petit jeu que j’aime bien et que notre ère postmoderne nous permet. Jouer avec l’intertextualité, repérer des petits clins d’œil ou influences. Il y en a bien sûr plein d’autre, donc n’hésitez pas à les proposer.

Jason et les argonautes – Don Chaffey – 1963

C’est un peu facile de citer Jason et les argonautes, mais tout de même il y a un petit quelque chose.

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Un peu de Dali, un peu de Bosch

J’ai eu du mal à me décider entre les deux peintres, du coup j’ai mis les deux. En même temps, Bosch aurait inspiré en partie Dali. Ceci expliquant cela.

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Dr Folamour – Stanley Kubrick – 1964

Les images parlent d’elle même. Un certain accord avec Kubrick contre le nucléaire.

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La démarche de Gloria Swanson dans Sunset Boulevard – Billy Wilder – 1950

Les créateurs des martiens ce seraient inspiré de la démarche de Gloria Swanson dans Sunset Boulevard pour la démarche des aliensVoici la dernière séquence du film, à vous de voir si il y a bien une ressemblance. 

 

En somme Mars Attacks ! est un film complètement dingue, anti-américain qui a d’ailleurs été assez mal accueilli dans son pays d’origine. Cependant, il fait preuve d’une créativité incroyable et d’une explosion d’idées. Le seul petit défaut que je lui regrette est la difficulté à avoir de l’empathie ne serait-ce que pour un seul personnage. Ce qui fait de Mars Attacks ! un film excessivement divertissant mais qui ne chamboule pas vraiment.

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